La mort soudaine de Léo Beeckman est un choc qui nous frappe de stupeur et d’une profonde tristesse. Léo était un homme complet du livre : un lecteur curieux, évidemment, mais aussi quelqu’un qui sait apprécier une mise en page soignée, tenir une librairie, organiser un stand dans un salon, faire et défaire des cartons de livres, négocier des droits à Francfort (c’est cela aussi, le métier). Il avait fait ses premiers pas dans l’édition au début des années 1980 en fondant une petite maison, Dur-An-Ki, où il publia Claire Jaumin, Paul Emond, Gaston Compère et Werner Lambersy. Par la suite, il intégra l’équipe de la Promotion des lettres et se consacra pendant plus de vingt-cinq ans au rayonnement international des auteurs de Wallonie et de Bruxelles, travail aussi essentiel qu’invisible. Combien d’écrivains, sans nécessairement le savoir, lui doivent d’avoir été traduits et publiés à l’étranger ? Son dernier grand œuvre avant sa retraite fut la réalisation du stand Wallonie-Bruxelles à la Foire du livre de Taipei (le Francfort asiatique) en 2013, une réussite totale dont il était légitimement fier. Mais Léo n’était pas du genre à se ranger des voitures. Administrateur à Espace Livres & Création et à Passa Porta, il avait repris une activité éditoriale en fondant les éditions Ne(z)us, où il eut le temps de publier Jacques De Decker et Werner Lambersy. Le monde du livre dans tous ses aspects continuait de le passionner comme au premier jour. Et il débordait de projets. Avec lui, nous perdons non seulement une mémoire vivante de la littérature belge francophone du dernier tiers de siècle, mais un homme dont la chaleur, l’extrême gentillesse et la générosité auront frappé tous ceux qui auront travaillé de près avec lui ou l’auront croisé un jour dans un salon du livre à Londres, Prague ou Varsovie. Toutes nos pensées vont à sa famille et à ses proches.
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