adelaide-paysage
Claire Ponceau
Éléments de langage
Fiction, Livre objet
11.5 x 20.5 cm / 360 pages en 24 livrets + 1 carte au format A1
ISBN 978-2-930710-06-8
2015
22 €
Disponible

Cet O. L. N. U. (objet ludique non usuel) est un puzzle littéraire de 24 pièces narratives composant la carte d’un pays imaginaire (terra mentis, « le pays de la tête ») et le portrait d’un personnage nommé Adélaïde.

Une invitation à jouer avec la notion de récit, à interroger l’histoire comme un réseau textile, constitué, en guise de fils, d’échos et de motifs.

Les 24 livrets sont placés dans le coffret de manière aléatoire. Ils portent chacun un titre, mais (presque) aucune indication numérique pour les classer. Y est jointe une carte nommée Terra Mentis. Les couvertures des 24 textes en reprennent une section rectangulaire verticale. Les 24 couvertures reforment donc la carte Terra Mentis. L’œuvre est pensée selon un dispositif ludique, qui ressortit sur le plan concret au puzzle, sur le plan narratif aux jeux des sept familles, des différences et ressemblances, des images séquentielles.

Le livre est associé à un site internet, fruit d’un projet artistique et collaboratif : terramentis.eu.

Préambule
Qu’attendons-nous d’une carte ? De s’y retrouver quitte à risquer le plaisir de s’y perdre. De certains êtres nous éprouvons pareille sensation. Une personne, un quelqu’un qui nous assigne à notre place, qui nous tient lieu. Et en même temps provoque la désorientation. Cette personne, je l’appelle ici Adélaïde-paysage, au sens où ce que j’ai écrit pendant plusieurs années dessine une femme plurielle que je ne suis pas, que je n’ai pas rencontrée. Adélaïde a-t-elle besoin d’exister, est-il besoin de la rendre fictionnellement consistante ?
Accepter qu’Adélaïde est comme une carte tracée au fur et à mesure. Une carte sans plan.
C’est un puzzle sans modèle où une fois rassemblés les éclats rendent – encore – compte d’un éparpillement.
On pourrait prêter à cet éparpillement le nom de vie.
Quand sous des strates, on découvre un angle, quand on ramène à la surface un morceau de poterie, en archéologie on parlera de fragment, se référant à une antériorité géométrique, une réalité préexistante dont la pièce disjointe témoigne. Ici, rien de tel. Où habite et persiste la fiction ? Ce sont seulement des éclats, des surbrillances qui émergent à travers la conscience de l’écriture. Ces éclats ne sont en rien des fragments. Ils sont des précipités. Ils ne dérogent à aucune intégrité. Les textes pareils à la carte figurent un parcours sans obligation, sans sens interdit ni unique. Ils furent chacun à leur manière un état.

Extrait
Aussi revint-elle. Elle aurait pu se cacher, ne le fit pas. Rien de convenable dans cette situation. Elle en sourit. Qui pouvait lui retirer quoi que ce soit ? À vingt et trois ans, elle avait tout compris. Elle avait pris conscience de sa condition, elle estimait être du bon côté du grillage. Elle était riche, elle était une femme. Elle conçut être libre. Sans se remettre aussitôt au tennis, elle fit défricher le court. Une fille lui naquit. Pour avoir appris le grec, elle la nomma Adélaïde, la fille de l’inconnu. Le prénom resta dans la famille. Elle s’y remit. Son jeu n’avait pas changé. Pas tant que ça.
On regarda sa fille à la dérobée. On hésita. On attendit, puis l’on sut. Il y avait un air. C’étaient les yeux du mort, délavés, plombés, ils avaient la couleur des uniformes, d’un ciel épuisé.
Elle avait raconté, une lettre retrouvée bien plus tard adressée, on le supposait, à une ancienne camarade du pensionnat, qu’elle avait perdu son match ce jour-là parce que l’homme jeune avait regardé plus longtemps que les autres. Dans la lettre, elle semblait rire et parlait d’Atalante. Et puis elle avait ajouté, sans manière, à la fin, à en oublier de signer : il n’empêche que j’y ai gagné un homme.
Ce fut de cette rupture dans le cours attendu des événements qu’une famille se transforma en lignée de femmes autres, une dynastie.

À propos de l’auteur

Claire Ponceau

Née dans le Finistère-Sud, Claire Ponceau est agrégée de lettres classiques. Après trois ans passés à Helsinki, elle vit et travaille actuellement en Belgique. À l’occasion de sa participation au livre-projet de Carita Savolainen On s’est déjà vu (2013), elle découvre les éditions Éléments de langage. Elle est l’auteur de la carte Terra Mentis et d’Adélaïde-paysage. Elle est à l’origine du projet et administre le site terramentis.eu (ou .fr ou .be).

Du même auteur

Aucun autre livre de cet auteur