192 pages
Chakè Matossian, Jackie Pigeaud, Luc Richir, Lucien Massaert
Ouvrage collectif édité sous la direction de Chakè Matossian
La Part de l’Œil
Art
17.6 x 23 cm /
ISBN 2-930174-36-5
2007

Disponible

Les Presses de l’Académie royale des Beaux-Arts de Bruxelles ont publié un ouvrage, richement illustré, intitulé Art, anatomie, trois siècles d’évolution des représentations du corps à l’occasion de l’exposition portant le même titre qui s’est tenue dans les locaux de l’Académie du 20 avril au 16 mai 2007. L’ouvrage et l’exposition sont le fruit d’une collaboration entre l’Académie royale des Beaux-Arts de Bruxelles, le Laboratoire d’anatomie et la Bibliothèque de la Faculté de Médecine de l’Université Libre de Bruxelles.

Toute réflexion sur l’art et l’anatomie prend nécessairement son point de départ chez Vésale qui, avec sa célèbre Fabrique du corps humain, a bouleversé la représentation de l’homme en lui tendant le miroir de sa fabrication. Vésale montre le faire, par un éloge de la main que rendent visible les paysages, postures, statuaires présents dans les dessins et gravures. Ainsi, le livre lui-même se transforme-t-il en objet d’art, en fabrique. Vésale traduit la vie plastiquement, il introduit l’esthétique dans l’anatomie, il pose aussi la conscience de soi dans la représentation et renforce la prédominance de la vision, il donne à penser la profondeur du corps mais aussi ses effets de surfaces et ramifications. Les essais réunis ici partent de ce point inaugural.

Jackie Pigeaud examine l’impact de l’exigence esthétique vésalienne et ses répercussions dans l’histoire de la représentation anatomique, particulièrement à l’époque baroque. Lucien Massaert propose une réflexion sur la représentation du corps comme ramification et non plus comme volume et profondeur. Dénonçant la prédominance de la vision, Luc Richir nous montre comment elle a pu finir par entraîner un Merleau-Ponty à faire perdre toute « corporéité tangible » à la « chair du monde ». André Ruelle pose quant à lui la question du rapport entre l’humanité et le corps dans un parcours pictural où se donne à voir le corps handicapé. Le corps étrange sera aussi celui de la femme, de l’hystérique dont la représentation, indissociable d’une scénographie, reste inséparable des agencements de pouvoir comme le démontre Nicole Edelman. L’on sait, depuis les travaux fondamentaux de Michel Foucault, combien sont forts et serrés les rapports qu’entretiennent médecine et pouvoir. Si la guillotine demeure à cet égard l’un des exemples privilégié, l’analyse que Dominic-Alain Boariu fait de la décollation permet de la considérer comme un épisode d’une esthétique du crime. Le geste anatomique hante assurément la philosophie dont la question centrale reste celle de la vie, ainsi que le montre Chakè Matossian.

Ce volume contient également deux études de documentations, d’une part, le parcours chronologique détaillé dans lequel Georges Mayer relate les épisodes de l’enseignement de l’anatomie à Bruxelles où se tissent les liens entre l’ULB et l’Académie ; d’autre part, le tracé que réalise Bérengère Schiets de la constitution du fonds ancien et précieux de la bibliothèque centrale de Médecine de l’Université Libre de Bruxelles d’où proviennent la plupart des illustrations de ce volume, révélant, tout en l’interrogeant, l’union étrangement familière entre les arts et le grand Art. Il revenait à Michel Baudson, Directeur de l’Académie, d’introduire l’ouvrage en se penchant sur les relations institutionnelles et représentationnelles entre enseignement artistique et médecine.

Chakè Matossian : Avant-propos
Michel Baudson : Introduction

Entrailles

Bérengère Schietse : Le fonds ancien et précieux de la Bibliothèque Centrale de Médecine de l’Université Libre de Bruxelles
Jackie Pigeaud : Notes sur l’évolution de l’anatomie artistique
Lucien Massaert : Un corps de peinture
André Ruelle : L’art et l’infirmité
Chakè Matossian : Philosophie et autopsie : un imaginaire anatomique
Dominic Alain Boariu : Décapitations : du voir au toucher
Luc Richir : La chair et l’élision du corps
Nicole Edelman : Naissance d’un imaginaire hystérique
Georges Mayer : Les cours d’anatomie à l’Académie royale des Beaux-Arts de Bruxelles

À propos de l’auteur

Jackie Pigeaud

Jackie Pigeaud, Professeur émérite de l’Université de Nantes (littérature latine), membre senior honoraire de l’Institut Universitaire de France, titulaire de la Chaire Du Bellay de l’Académie de la Méditerranée (Université de Nantes), directeur des Entretiens de La Garenne Lemot, XXIe session 2014, a publié entre autres : La Maladie de l’âme. Etude sur les relations de l’âme et du corps dans la tradition médico-philosophique antique, Paris, Les Belles-Lettres, 1981, 3e édition, 2006 ; Folie et cures de la folie chez les médecins de l’Antiquité gréco-romaine : La manie, Paris, Les Belles-Lettres, 1987, 2e édition 2010 ; L’Art et le Vivant, NRF, Gallimard, Collection Les Essais, 1995 ; Aristote, L’homme de génie et la mélancolie, traduction, présentation et notes, Paris, Rivages, 1988 ; Longin, Du Sublime, traduction, présentation et commentaire, Paris, Rivages, 1991 ; La vérité des songes, traduction, présentation et notes de Divination dans le sommeil d’Aristote, Paris, Rivages, 1995 ; Poésie du corps, Paris, Payot-Rivages, Collection Manuels Payot, 1999, réédition Rivages poche 2009 ; Aux portes de la psychiatrie. Pinel, l’Ancien et le Moderne. Paris, Aubier, 2001 ; Les Loges de Philostrate, Nantes, Editions Le Passeur. 2003, réédition Paris, Les Belles Lettres, 2012 ; Poétiques du corps. Aux origines de la médecine, Paris, Les Belles Lettres, 2008 ; Melancholia, Le malaise de l’individu, Paris, Payot Rivages, 2008, Prix de Littérature et de Philosophie de l’Académie Française, prix Biguet, 2009 ; Les Epicuriens, présentation et traduction de Lucrèce, introduction générale, La Pléiade, Gallimard, octobre 2010 ; « Ni l’un, ni l’autre » L’androgyne ou l’hermaphrodite, Manuels Payot, Paris, 2014 ;  Philostrate, De la Gymnastique, Santé, Beauté … la Guerre », présentation et notes, traduction de Charles Daremberg, Actes Sud / Errance, 2014. Et de nombreux articles consacrés surtout à l’histoire de la psychopathologie et à la protohistoire de la psychiatrie, à l’histoire de la médecine antique, à l’esthétique, ou plutôt aux problèmes théoriques de la création artistique.

Lucien Massaert

Lucien Massaert, né en 1952, a étudié le dessin et la peinture murale à l’Académie royale des Beaux-Arts de Bruxelles. Il est titulaire de l’atelier de dessin à la même Académie. Outre plusieurs articles parus dans le revue La Part de l’Œil, il a publié : « L’art, sujet à (de l’) enseignement », in L’art au regard de la phénoménologie, Presses Universitaires du Mirail, coll. Philosophica, 1994; « Un rien inaperçu » in L’image récalcitrante, Presses de la Sorbonne Nouvelle, Paris, 2001; « L’objet peinture » in Francofonia. Studi e ricerche sulle letterature di lingua francese n° 41 automne 2001, Università di Bologna; « Einstein/Braque : de la projection imaginaire à la structure subjective », in Carl Einstein : Art et politique dans les années 30, Fink-Verlag, München, 2006. Concernant ses réflexions sur l’enseignement des arts plastique signalons entre autres : « Art et théorie : un enseignement atypique », in L’arrière-pays des créateurs. Revue de l’Université de Bruxelles, éd. Complexe, 2003, traduction : « Art and Theory : An unorthodox approach to teaching », in European Journal of Arts Education, volume III issue 2 and 3, « Criticism, legitimacy and transgression », Intellect, Bristol, 2001; « You are Always Someone Else’s Monster » in New Practices – New Pedagogies, edited by Malcolm Miles, Routledge London and New York, 2005. Il est cofondateur avec Luc Richir de la revue La Part de l’Œil.

Luc Richir

Luc Richir, psychanalyste, docteur en philosophie de l’université de Paris XII, partage sa vie entre l’écriture et… l’écriture. Cofondateur avec Lucien Massaert de la revue La Part de l’Œil, auteur de nombreux articles, de poèmes (nombreux et inédits), d’un récit (Un amour de loin, éditions La Part de l’Œil, Bruxelles, 1996), d’une présentation de la vie et de l’œuvre de la plus grande mystique du XIIIe siècle (Marguerite Porete, une âme au travail de l’Un, éditions Ousia, Bruxelles, 2002), d’un essai sur la sculpture dans ses rapports avec le sujet transcendantal (Dieu, le corps, le volume, éditions La Part de l’Œil, Bruxelles, 2003). Il considère néanmoins que son ouvrage essentiel est Donner, recevoir, rendre – L’erreur de Cook, (EME, Editions Modulaires Européennes, 2010). Cet ouvrage explicite la notion de don inventée par Marcel Mauss, tout en « déconstruisant » la mystification des discours tenus par les grandes têtes molles du siècle précédent. L’œuvre insiste sur l’absence, dans les sociétés dites primitives, d’un centre, politique, religieux ou économique — d’un ego transcendantal — qui exercerait sur « l’être ensemble » une action coercitive de nature à scinder le sujet en deux parts antagonistes et rivales : les dominants et les dominés. Autrement dit, le discours du maître constitue le détournement du don (donner, recevoir, rendre) au profit du « Satanic mill, cette fabrique du diable » qui, selon Karl Polanyi, détruit le vieux tissu social pour lui substituer le linceul de la valeur d’échange. A lire d’urgence !

Chakè Matossian

Chakè Matossian, philosophe et docteur en Théorie de la Communication, a enseigné à l’Universidade Nova de Lisboa de 1981 à 1993. Elle est professeur honoraire de l’Académie Royale des Beaux-Arts de Bruxelles, Ecole Supérieure des Arts où elle a enseigné jusqu’en 2015. Outre de nombreux articles parus dans des revues spécialisées, de sciences humaines et d’esthétique (TraversesFurorColoquio/ArtesLa Part de l’Œil…) ainsi que dans des catalogues d’artistes, elle a collaboré à des publications collectives comme Les Entretiens de la Garenne-LemotLa Sorcière de MicheletRousseau et le spectacleLe corps transparent…. Elle a participé à des colloques et séminaires internationaux, a été invitée par Carlo Ossola pour intervenir dans le cadre de son séminaire au Collège de France avec deux communications sur Michelet et une sur les autoportraits de Vinci et Dürer en Arménie. Parmi ses livres : Espace public et représentations, Bruxelles, La Part de l’Œil, 1996 ; Saturne et le Sphinx (Proudhon, Courbet et l’art justicier), Genève, Droz, 2002 ; Des admirables secrets de l’Ararat – Vinci, Dürer, Michel-Ange sur les traces d’Er et Noé, Bruxelles, La Part de l’Œil, 2009 ; « Et je ne portai plus d’autre habit » – Rousseau l’Arménien, Genève, Droz, 2014.

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