couverture (10)
Steve Michiels
Frémok / coll. Amphigouri
Bande dessinée
28 x 21 cm / 164 pages
ISBN 9782930204680
2013
22 €
Disponible
Dist. : Sodis

Dans une banlieue résidentielle non identifiée, un homme est mis dehors par sa femme. Elle reçoit ses amies à la maison pour une réunion Tupperware un peu… particulière. Durant toute une nuit, nous allons suivre les pérégrinations de cet homme, témoin passif et penaud d’une série d’événements violents et insensés.

Crépuscule Civil de Steve Michiels pourrait avoir pour sous-titre : « précis de sociologie flamande à l’usage d’un lecteur curieux », tant il est vrai que son univers surréaliste déroute, intrigue et fascine à la fois. Ce qui frappe avant tout lors de la lecture, c’est la violence et l’omniprésence du sexe dans un milieu où on ne l’attend pas forcément, comme une façon de régler son compte avec une classe moyenne désoeuvrée, consumériste et perverse, qui se dissimule habilement derrière le vernis des convenances, derrière les murs de pavillons cossus.

Drôles, bêtes et méchants, ses lavis gris dessinent les contours d’une folie indubitablement partagée, d’un égoïsme et d’une cupidité à l’image de nos sociétés matérialistes, tout en procédant à une fine mise en abyme du médium de la Bande Dessinée.

Grâce à un jeu de bascule, en filigranes tout au long du récit, entre réalité et fiction, Steve Michiels dessine une autre histoire, qui interroge le processus créatif en lui même. Une relation complexe et ambigüe s’établit entre lui et son personnage principal et donne au Crépuscule Civil les dimensions vertigineuses d’une pièce de Calderon ou mieux encore, les couleurs mystiques de la légende du Golem. À l’image de la créature du Maharal, le personnage de bande dessinée a le visage tourné vers le ciel, l’air idiot, et ses gestes semblent poussés par une volonté autre que la sienne. Comme un somnambule, il traverse la ville dans la nuit le regard fixé sur une étoile, sans voir la série de faits divers épouvantables qui se déroulent sous ses yeux, et se dirige vers le bar, les jambes guidées par les pinceaux de son maître, dont il lisait le livre au début et qu’il rejoint à la fin.

Les apparitions de l’auteur s’immergeant dans le livre qu’il écrit soulignent sa toute puissance démiurgique au coeur de l’univers qu’il a créé, et répondent au caractère abscon du déroulement des événements, à la violence gratuite qui se répand sur les pages.

Si les personnages de Steve devaient, abasourdis par les épreuves humaines qu’ils traversent, lever les bras au ciel, se mettre à genoux et demander « pourquoi ? », peut-être verrait on le ciel s’ouvrir et la photo de l’auteur intégrer le dessin, le temps d’une réponse explicative à tout ça. L’élaboration de cet univers narratif exalte la puissance du trait et du verbe, et démontre la puissance de l’auteur, comme s’il devait singer dieu en tentant de maîtriser les énergies et les pouvoirs complexes qui devaient donner le jour à Adam dans la Genèse. Elle n’est presque plus un but en soi mais une preuve silencieuse de l’accès à un niveau de conscience exceptionnel. Les appendices humoristiques du récit prolongent l’expérience mystique de ce jeu entre les « créatures » presque conscientes de leurs conditions et le créateur tout puissant.

On y lit le récit étrange du personnage sans nom, blessé de découvrir qu’il n’est qu’une création, relatant ce qu’il trouve dans les carnets du créateur, ou encore une conversation entre les femmes de la réunion tupperware, s’interrogeant sur le sens de leur vie. Véritables « coulisses » du Crépuscule Civil, ces pages supplémentaires finissent alors par donner au lecteur la possibilité de fouiller dans les notes de Steve, ses essais, ses questionnements et ses ratés pour se rendre compte lorsqu’il ferme le livre qu’en fait, le vrai protagoniste, c’est lui.

À propos de l’auteur

Steve Michiels

Né en 1970, Steve Michiels débute en 1993 par des dessins politiques dans le quotidien De Morgen et publie ensuite dans De Standaard, Het Laatste Nieuws, Knack, Humo, TV Expres, Teek et Bonanza, aux Pays-Bas dans NRC Handelsblad, Het Parool, VPRO-gids et Vrij Nederland et en France dans Fluide Glacial.

Steve enseigne l’illustration à Saint-Luc à Gand et a publié plusieurs livres de dessins. Avec Baby Pop en Billy Boef, un livre pour enfants (avec Pascale Platel) édité chez Lannoo en 2002, il reçoit le prix Boekenpluim 2003. En 2002 et 2005, Steve remporte une mention honorable du PCB, et en 2007 le prix BeNe pour le meilleur dessin belgo-néerlandais, avec un dessin sur l’autocensure après la publication des fameux cartoons danois jugés anti-islamiques. Dans le cadre du Laboratoire d’images, qui associe les plus grands créateurs de l’illustration et de la bande dessinée aux élèves des plus grandes écoles d’animation européennes, il réalise en 2012 le court métrage Sacrée soirée. En 2013, il publie aux éditions FRMK Crépuscule civil, son premier livre en français, véritable mise à nu de la société petite bourgeoise de Flandre et d’ailleurs.

Du même auteur

p291_1506081311_i Cahier de vacances
Pour la plage, la révolution et les dîners mondains
Steve Michiels
Frémok / coll. Flore
Bande dessinée
13.5 x 17.5 cm / 88 pages
ISBN 9782930204888
2016
15 €