de-porcelaine
Patrick Devaux
Ill. de Catherine Berael. Préface de Jean-Michel Aubevert.
Le Coudrier
Récit
14 x 20 cm / 57 pages
ISBN 978-2-930498-92-8
2018
16 €
Disponible

Sensible, pudique, mais criant de vérité contenue, est ce bref récit d’une enfance brutalisée sans autre motif ni excuse que l’ivrognerie d’un beau-père violent.
C’est par le biais d’une poupée ensanglantée, désarticulée, que l’auteur témoigne de la condition faite à son corps d’enfant : le jouet des brutalités.
A travers la poupée maltraitée, son objet, lui-même se défausse des coups qu’il endure : son être n’est pas en cause. Punching-ball de son beau-père, il s’abstrait du souffre-douleur dont il tient lieu.
Rien de larmoyant, mais un récit poignant, d’autant plus pathétique qu’il est criant de vérité, et cependant, par sa discrétion, feutré, résolument démarqué de la brute.
La plume du poète fait à l’ordure l’injure de son élégance.
— Jean-Michel Aubevert

Extrait
Je me souvenais de cet enfant avec très peu de jouets. Et même plutôt aucun jouet.
De cet enfant aux mains d’oiseaux, à regarder vers cet autre immeuble par la fenêtre du logement dit familial, sorte de boîte en carton superposée à d’autres dans la grande ville.
De la fenêtre on pouvait voir, perpétuellement lutteur, un immense lierre accroché à un reste de vieux mur de briques, refuge de centaines d’étourneaux…
Ces seuls oiseaux noirs étaient pourtant le ciel, la mer, l’espoir ou plus exactement l’espérance.
Uniquement celle de tenter de grandir dans cette minuscule chambre fade, aux murs rétrécis d’une minable garde-robe commune partagée avec le frère pendant la semaine quand il rentrait de l’institut pour handicapés où il séjournait la plupart du temps.
[…]
Quant à moi, je m’abîmais dans mon silence.
J’avais déjà des doutes, un ami heureusement sympa avec un joyeux cocker, et le désir profond de disparaître ou, en tout cas, de ne pas être là, à scruter, le soir, parfois fort tard, les petits bonheurs suggérés aux fenêtres éclairées de l’immeuble d’en face et jusqu’à l’extinction du dernier mouvement de vie — en haut à droite de l’immeuble — chez Francesca…
Quelques heures plus tard, en pleine nuit, c’était l’horreur et les oiseaux saignaient de partout parmi les vociférations du beau-père alcoolique et extrêmement violent.
Quand j’étais plus jeune, une dame étrangement intentionnée m’avait offert une poupée de porcelaine qui me faisait très peur : elle était pâle, froide et sentait la mort…

À propos de l’auteur

Patrick Devaux

Patrick Devaux est né à Mouscron en 1953, élevé par des grands-parents maternels, artisans-entrepreneurs en toiture, lesquels lui ont donné le goût de l’action et de la liberté.
Marié, père de Sabine et de Sandra, papy de Jun, Tao et Jimmy.
Les rencontres de la poétesse Kathleen Van Melle (1964-1988) et de son père Paul, écrivain et éditeur sont déterminantes dans son parcours littéraire.
Une carrière quasi entière dans le secteur bancaire lui a donné le sens et le plaisir des contacts.
Écrit, peint et voyage, surtout en Asie, le continent de Bouddha.

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