dits-de-la-nuit
Anthologie de contes et légendes d’Afrique centrale
Collectif
M.E.O. / coll. Papier blanc, encre noire
Contes
14.5 x 21 cm / 256 pages
ISBN 978-2-87168-079-6
2017
15 €
Disponible

Choix de textes par Véronique Jago-Antoine et Antoine Tshitungu-Kongolo.

Au cœur de la veillée, dans l’ombre, une voix s’élève, gardienne de la mémoire du monde.
C’est l’heure du conte. Après les légendes de nos contrées, voici, sous les regards croisés de Belges que fascina la découverte du continent noir et d’Africains soucieux d’en préserver l’inestimable patrimoine oral, des fables du Congo, du Rwanda et du Burundi. Récits des origines, bestiaires humoristiques ou satiriques, légendes merveilleuses s’offrent en un florilège qui séduit tout à la fois par l’universalité de ses thèmes et par la singulière liberté d’esprit de ses traditions.
En découvrir les saveurs originales, demeurées longtemps à l’écart des civilisations de l’écrit, est une façon de renouer avec notre histoire africaine et d’entrer au cœur du métissage des francophonies.
(Marc Quaghebeur, extrait de la préface.)

Extrait

Une nuit, il y a bien longtemps, un vieil homme rêva de princesses, de monstres, d’animaux parleurs et d’arbres marcheurs. Toute la matinée, il mêla dans sa tête les images fabuleuses du songe. Il en fit une si belle histoire qu’il riait lui-même en l’inventant.
Dans l’après-midi, ses amis lui rendirent visite pour le consulter au sujet d’une sérieuse affaire. Le vieil homme les réunit sur le seuil de sa hutte autour d’une cruche de bière. Il écoutait d’une oreille distraite les récits de ses invités qui parlaient de champs dévastés, de troupeaux attaqués par les bêtes de la forêt voisine.
Pour leur exposer son stratagème, le vieil homme cita l’un ou l’autre animal de son rêve et le fit discourir dans le langage des hommes. De fil en aiguille, il en vint à raconter sa nouvelle histoire. Et chacun d’oublier ses colocases piétinées, ses agneaux éventrés…
Un enfant s’approcha… Émerveillé par l’histoire, il courut chercher son frère qui avertit des voisins. Bientôt, tous les gens de la colline : potiers, semeurs, bergers… arrivèrent dans le rugo. Or, c’était l’heure où chacun devait vaquer à son ouvrage : palabres, labours, pâturage…
Que de catastrophes dans le village déserté ! Les vases d’argile éclatèrent dans le four surchauffé du potier. Les vans de semences, abandonnés par les semeurs, furent la proie des oiseaux. Les vaches partirent à l’abreuvoir sans leur berger et s’enlisèrent dans le marais…

D’en haut, le Grand Dieu Imana contemplait tristement son peuple paresseux.
« Tous les gens de cette colline, se dit-il,
Préfèrent se griller au soleil,
Au lieu de faire fructifier
Les biens que je leur ai donnés.
Qu’ils se prélassent toute la journée !
Autant qu’il leur plaît !
Dans les fourrés et sur les pierres surchauffées ! »
Le vieux conteur termina sa longue histoire par la formule consacrée :
« Sijyé wahéra hahéra Nyanaka
Mon histoire est finie
Mais moi je ne suis pas fini…
Je suis en vie ! »
À ces paroles, chacun sortit de son rêve pour réclamer une autre histoire. Mais le Vieil Homme n’était plus là ! À sa place, sur le tabouret, était assis un Vieux Lézard !

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