Danièle Faugeras
La Part de l’Œil / coll. Fiction
Poésie
15 x 19 cm / 120 pages
ISBN 2-930174-26-9
2001

Disponible

Le cheminement des poèmes se fait d’une manière secrète, avec une faiblesse constante qui ne connaît pas la calendarité et les pressions du jour. La nature s’y présente dépouillée dans sa visibilité. Car le poète fait de cette vision un nom propre, peut-être pour ménager la présence d’un réel trop puissant. L’état-limite d’une pensée aveugle ne se donne pas facilement. Il n’est pas susceptible d’être cherché. Les choses peuvent alors être lues dans l’énonciation du regard, dans le retournement vers cet éphémère qui nous racine.

Dans l’aride, dans l’insistance épineuse du sec, la lumière perd toute prétention à devenir fondement. L’os, la rocaille, l’ombre, le souffle, autant d’indices du dépouillement de cette écriture-genêt qui subsiste dans l’espace de dilatation de la lumière. Sur une étendue de vague filiation patagonienne, où identité et temps cèdent leur privilège au tracé de la lumière, le souffle n’altère pas les contours. C’est dans ce souffle que s’amorcent les images furtives. Car cette poésie est faite de fuite lorsque le souffle est menacé par une pensée trop ancrée dans l’image et dans le nom. La science du souffle commence dans la foulée, pas à pas, lorsque l’écriture gravit de plain-pied les hauteurs raréfiées, pauvres en nom. Danièle Faugeras met en œuvre une stratégie de dénomination où le pied est moins géomètre qu’involontaire géographe. Elle n’est pas montée au Ventoux ni n’a inventé le paysage. Attelé à l’innommable, le pas se dirige vers un fond imperçu qui ouvre la porte littéralement à toutes les visions possibles.

À propos de l’auteur

Danièle Faugeras

Née à Paris en 1945, elle y a suivi une scolarité et un cursus universitaire qui devait la destiner à l’enseignement. Le hasard des nominations l’amène à s’installer en 1970 dans le midi de la France. En l’espace de cinq ans, ce hasard va se transformer, sous la pression des paysages, des rencontres, de la lumière, d’une autre perception du temps, en une décision qui s’avère à ce jour définitive. C’est la rupture, consciente et raisonnée, avec l’« ordre du discours », avec l’impératif d’une quête de vérité basée sur l’« homme comme mesure de toute chose »… Bref, avec cette représentation héritée des Grecs par laquelle nous autres, occidentaux, sommes nécessairement structurés. La contrepartie s’impose immédiatement sur le mode d’une écriture – avec des mots, mais aussi avec des bandes de tissu appliquées en tentures, avec des pierres articulées en murs de bancels… – comme recherche d’une parole efficace à l’écoute des « choses du monde muet », convaincue que nous, humains, avons tout à apprendre de nous, hors nous, de ce qui nous cotoie. Un parti pris qui, par le recours insistant à la métaphore et par l’effort de réduction à l’essentiel qu’il suppose, devait inévitablement déboucher sur le travail poétique. Des extraits de son travail poétique et quelques traductions d’œuvres poétiques inédites (G.Iommi, Chili) sont parus dans les revues Prevue, Sud/Nord, L’atelier.

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