arbreasonges
Aurelia Jane Lee

Roman
14 x 20.5 cm / 128 pages
ISBN 978-2-88253-471-2
2013
12 €
Disponible

L’arbre à songes est un vieil hêtre rouge dressé au milieu d’une vaste propriété retournée à l’état sauvage. Dans ce domaine vivent Abel, un écrivain misanthrope, et sa compagne Sauvane, au sujet de laquelle les rumeurs les plus extravagantes courent dans le village voisin. On y croise aussi des visiteurs clandestins : Thomas, jeune garçon passionné par la nature, qui ne ressemble pas aux autres gamins de son âge, et Madelon, adolescente férue de lecture qui passe là chaque année ses vacances d’été.
Abel aime Sauvane d’une façon intense et fusionnelle : elle est son unique lien avec le monde extérieur. Lorsqu’elle s’absente, il ne lui reste qu’à se plonger dans les mondes de fiction et d’illusion qu’il invente ; jusqu’à ce que la réalité le rattrape.
Au fil des saisons et par le biais de l’écriture, des blessures anciennes se rouvrent, le passé refait surface, le voile tombe et les secrets de chacun se révèlent, alors que l’histoire, curieusement, se répète.

Les premières lignes
Nous vivions déjà ensemble avant de vivre ensemble, mon amour.
L’écorce pelée des bouleaux, blondie par le soleil de six heures. Je la regarde distraitement. J’ai l’impression que quand je regarde par la fenêtre entre deux paragraphes, c’est toujours distraitement, dans une sorte d’état second, où l’extérieur m’apparaît comme à travers le reflet brumeux, sur la vitre, de mes propres pensées, de mon imagination.
Pourtant l’un est dans l’autre. La réalité dans la fiction, et inversément.
Le seul lien entre les deux, pour moi, c’est Sauvane.
Sinon, cela fait longtemps que la réalité m’aurait quitté, que j’aurais oublié où je suis. Ce n’est pas moi qui quitterais la réalité, je n’écris pas pour ça, il ne s’agit pas d’une fuite volontaire, mais je sens qu’à force de me pencher sur mes feuilles, sur les images qui naissent dans mon esprit et sur les mots qui les décrivent au mieux, à force d’écouter ce flux qui me travaille comme la lune agite la mer et comme le soleil fait éclore les bourgeons, je pénètre dans une atmo­sphère particulière, au sein de laquelle tout ce que je perçois de la réalité extérieure est déformé, réfracté, exactement comme si je l’appréhendais à travers un kaléidoscope. Et cet univers aux mille reflets se referme sur moi, au risque de me faire perdre tout contact avec la réalité.

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