Martine Beugnet
Yellow Now
Cinéma, Image
12 x 17 cm / 128 pages
ISBN 978-2-873404-08-6
2017
9,50 €
Disponible

Le flou, dans son acception commune, est d’abord le signe d’une déficience, un manque de définition. Aussi le langage cinématographique, dans ce qu’il a de plus convenu, nous a-t-il habitués à considérer le passage du flou au net comme une forme d’actualisation : la forme floue, l’image bougée, sont de simples substrats de l’image nette et stable dans laquelle elles s’accomplissent et se stabilisent, en attei- gnant, dans l’idéal, la précision de contours et de détails propre à la HD. […]

[…] Tout semble pourtant prédisposer l’image de cinéma au flou : captée et perçue dans la durée, soumise aux variations de la lumière et du mouvement, elle est aussi sujette à toutes sortes de métamorphoses optiques et chimiques qui déclinent à l’infini la palette du vague, du brumeux, du filé.
Entre évanescence et opacité, le flou tantôt tire l’image vers l’immatériel (c’est pourquoi le fantôme hante volontiers les zones floues de l’image) ou vers la matière (vers le pictural). Il est sensation, translation de la vitesse ou des mouvements du corps à l’image, glissement de la vision vers le toucher, perception du chaos extérieur. Mais il est aussi aussi manifestation de l’image mentale, du rêve, de la réminiscence. Le flou inscrit enfin l’image de film dans un champ artistique ouvert : flou d’ensemble, il brouille la frontière entre cinéma et peinture ; flou d’apparition (de mise au point), il renvoie le cinéma à ses origines photographiques, argentiques – à l’émergence progressive de l’image sous l’effet du révélateur – et à l’orchestration du désir de voir.
Dans la mesure où elle exclut toutes les formes irréalisées de l’image floue, l’image nette n’en est-elle pas, au bout du compte, une version appauvrie ?

Sommaire
Prologue [Vision floue] /// Éloge du vague – Le flou HD /// Définition /// Esthétiques du flou /// Pluies, brumes et brouillards /// Mise au point – Alfred Hitchcock, le flou ou la mise en scène du désir – Alain Cavalier, la vision rapprochée – Voir [et] toucher /// Flous cinétiques – Vitesses / Le ralenti [Jean- Luc Godard] – Le bougé [Sally Potter] – Entrelacements [Leighton Pierce] /// Les rêveries de l’image – Photogénie de la mélancolie /// Le pictural et l’informe – Pictorialisme [Josef von Sternberg] – L’attrait de l’abstraction [Michelangelo Antonioni] – Vers l’informe – Les limbes [Gus Van Sant] – Photogénie de la mémoire /// La technique n’a pas de règle.

À propos de l’auteur

Martine Beugnet

Martine Beugnet est professeur en études visuelles à l’université de Paris 7 Diderot. Elle est l’auteur, entre autres ouvrages sur le cinéma, de Claire Denis (Manchester University Press, 2004), Proust at the Movies (avec Marion Schmid, Ashgate, 2005), et Cinema and Sensation: French Cinema and the Art of Transgression, Edinburgh University Press, 2007 et 2012). Elle a dirigé, avec Allan Cameron et Arild Fetveit, l’ouvrage collectif Indefinite Visions (EUP 2017). Elle dirige, avec Kriss Ravetto, la collection « Studies in Film and Intermediality » (EUP). Ses recherches récentes ont porté sur l’intermédialité et le cinéma, et sur le cinéma, l’art vidéo et l’étrangeté technologique.

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