couverture (22)
(d'après Franz Kafka)
Olivier Deprez
Frémok / coll. Amphigouri
Bande dessinée
21 x 26.5 cm / 224 pages
ISBN 2-930204-01-X
2003
32 €
Épuisé
Dist. : Sodis

C’était le soir tard, lorsque K. arriva. Le village était sous la neige. La colline du Château restait invisible, le brouillard et l’obscurité l’entouraient, il n’y avait pas même une lueur qui indiquât la présence du grand Château.

Un homme qui se prétend géomètre arrive un soir dans le domaine de l’improbable comte West-West. Personne dans le village ne reconnaît la légitimité de sa mission. K. va donc errer d’un lieu à l’autre en quête de cette légitimité inaccessible, aussi inaccessible que la route qui mène au château. Mais cette errance n’est peut-être qu’un moyen pour montrer autre chose. La matière qui génère le récit, qui le parasite aussi bien donne à l’errance un caractère d’incertitude ; l’image refuse la forme ou c’est la forme qui tout simplement se refuse à l’image. Le récit avance et s’autodétruit, s’autodétruit au fur et à mesure qu’il avance s’affirmant autant si pas plus comme un piétinement réitéré. Jamais le Château n’apparaît vraiment, jamais K. ne rencontre Klamm, l’intermédiaire mystérieux et bureaucratique de l’administration du Château. Aller vers le Château, c’est s’égarer à coup sûr. Ouvrir les pages du livre revient à risquer de se perdre dans la matière noire et saccagée. Le livre se refuse à l’instar du Château. Hypothèse plus radicale encore, c’est l’œuvre et le souci de faire œuvre qui se refuse. L’impossibilité prend des proportions énormes. Se rendre d’un point x à un point y devient une exigence outrancière. Le décor tient plus de la cabane que du palais. Là ne règne que l’hostilité la plus totale. On touche aux limites du sens social et de l’humain. Toute joliesse qui pourrait faire passer la pilule amère de cette révélation proprement néantisante a été écartée pour ne laisser apparaître que la rugosité de la chose. La chose et ce qu’est la chose, rien de plus rien de moins. Alors intervient le comique de la chose précisément, car K. demeure insensible à la révélation néantisante du Château, il s’en contrefiche, lui, ce qu’il veut, c’est se rendre au Château pour éclaircir son problème administratif. K. tourne allègrement le dos au langage du Château, il n’y entend rien et ne veut rien entendre d’autre que son langage à lui. Le Château est aussi le récit d’un malentendu. Le courant ne passe plus, le sens s’est refermé sur lui-même et sera désormais inaccessible. A ce jour, nous errons toujours dans le domaine du Château.

L’on sait peu de choses de l’auteur sinon que Le Château sera son premier livre publié. «Auteur» est un mot que «l’auteur» réfute. «L’auteur» œuvre à peine. A l’instar de K., «l’auteur» est souvent pris d’une grande fatigue, ceci expliquant sans doute cela. A l’instar de K., «l’auteur» n’entend rien au pays qu’il habite. «L’auteur» pense que s’il ne tenait qu’à lui, Le Château serait le premier et le dernier livre qu’il souhaite publier. Au Château, on attend personne.

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