balconforet
Julien Gracq
Lecture intégrale d'Alain Carré
Autrement dit
Livre audio, Roman
12.5 x 14 cm /
ISBN
2009
24,99 €
Disponible

Avec Un balcon en forêt, paru en 1958, l’œuvre romanesque de Julien Gracq (un des plus grands auteurs du XXe siècle qui vient de nous quitter après nous avoir confié cet enregistrement) connaît un changement de cap décisif. Après un long silence de sept ans et un roman resté inachevé, l’auteur transpose entre Meuse et Belgique sa propre expérience de la « drôle de guerre » et de la défaite de la France qui pourtant avait déclaré la guerre.

Le récit se déroule à la « maison-forte » des Falizes, avant-poste isolé dans la forêt ardennaise, d’octobre 1939 avec la prise de commandement de l’aspirant Grange, jusqu’au soir du 13 mai 1940, après l’attaque allemande. Le temps de transformer « une foutue armée en une armée foutue ».
Le livre se construit sur un subtil équilibre entre présence et distance. Ce n’est ni la guerre ni la paix, ce n’est ni une vraie maison, ni la totale nature, c’est un « théâtre de guerre », un balcon naturel qui domine la vallée de la Meuse. Tout y est suspens. Le blockhaus surmonté d’une sorte de chalet d’alpage offrait une conjonction « parfaitement improbable”: la guerre au rez-de-chaussée, la paix au premier étage. Tout un jeu d’oppositions ambivalentes s’y organise autour des pôles du haut et du bas, de l’ouvert et du fermé, de l’intérieur et de l’extérieur « vous serez fait là-dedans comme un rat », dit un lieutenant d’active à Grange le réserviste qui ne voudra pourtant pas quitter son balcon lorsque le capitaine, Varin, l’y incitera.

Le charme du livre tient à cette superposition du réalisme et du mythe. « Une idée de bonheur avait toujours été liée pour Grange aux sentiers qui vont entre les jardins, et la guerre la rendait plus vive. »

Gracq analyse avec une grande acuité le quotidien de la petite garnison désœuvrée, qui colonise le hameau des Falizes, les rapports au sein du groupe, ceux avec la garnison de Moriarmé ou avec les troupes de passage, ainsi qu’avec les femmes ardennaises.

Car  Un balcon en forêt c’est aussi une véritable histoire d’amour. Grange rencontre Mona dans la forêt, un jour de pluie; mi-fée, mi-femme-enfant: « il comprenait qu’elle [appartenait à ] une espèce fabuleuse, comme les licornes. » Mona fait partie de la faune et de la flore du récit, tout comme la guerre qui approche tel un orage qu’on ne peut éviter. Comme dit Varin à Grange, « je ne déteste pas faire la guerre avec des gens qui ont choisi leur façon de déserter ».

Un balcon en forêt est le vrai roman gracquien de l’attente, qui magnifie des instants vécus sur le fil du rasoir.

À propos de l’auteur

Aucune information concernant cet auteur

Du même auteur